Comparer les revenus : ce qui reste vraiment en fin de mois entre freelance et salarié porté

Un TJM affiché ne dit rien de ce qui atterrit sur un compte en banque le 30 du mois. Entre un freelance en micro-entreprise et un salarié porté, le chiffre d’affaires de départ peut être identique, mais les prélèvements, les droits acquis et les coûts cachés créent deux réalités financières distinctes. Comparer ces revenus exige de dépasser le simple taux de cotisations pour intégrer ce que chaque statut finance, ou ne finance pas.

Taux de restitution en portage salarial : ce que les plaquettes commerciales ne détaillent pas

Le portage salarial fonctionne sur un principe simple en apparence : la société de portage facture le client, prélève des frais de gestion, puis verse un salaire net après déduction des cotisations salariales et patronales. Le taux de restitution, c’est-à-dire le rapport entre le chiffre d’affaires facturé et le salaire net perçu, varie selon les sociétés de portage.

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Les frais de gestion oscillent généralement entre quelques points de pourcentage du chiffre d’affaires. Mais ce chiffre seul est trompeur. Il faut y ajouter les cotisations patronales et salariales, qui représentent une part bien plus lourde. Au final, le salarié porté perçoit environ la moitié de son chiffre d’affaires en net.

Ce ratio couvre la sécurité sociale, la retraite complémentaire, la prévoyance, la mutuelle et l’assurance chômage. Autrement dit, chaque euro prélevé ouvre un droit. La question n’est pas seulement combien on perd, mais combien on capitalise. Pour comprendre comment ce mécanisme affecte le calcul tjm portage par rapport au freelance classique, il faut poser les deux grilles de charges côte à côte.

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Une femme consultant une experte en portage salarial dans un espace de coworking en analysant des graphiques de revenus nets mensuels

Charges freelance micro-entreprise : un net plus élevé, des droits plus faibles

En micro-entreprise (régime BNC), le taux de cotisations sociales Urssaf tourne autour du quart du chiffre d’affaires. Par rapport au portage, le freelance conserve donc une part nettement supérieure de ce qu’il facture. Sur un même chiffre d’affaires, l’écart de net mensuel entre micro-entreprise et portage dépasse souvent plusieurs centaines d’euros.

Ce surplus apparent a un coût structurel. Les cotisations réduites du micro-entrepreneur financent une retraite de base plus faible, aucune assurance chômage (sauf dispositif ATI sous conditions strictes), et aucune prévoyance obligatoire. La mutuelle reste intégralement à la charge du freelance.

Les postes invisibles qui réduisent l’écart réel

Pour rendre la comparaison honnête, il faut réintégrer dans les dépenses du freelance ce que le portage finance automatiquement :

  • La mutuelle santé, entièrement à la charge du freelance en micro-entreprise, alors que le portage en prend une part via l’employeur
  • La prévoyance (arrêt maladie, invalidité) : le freelance qui ne souscrit rien prend un risque financier direct en cas d’incapacité de travail
  • L’épargne retraite complémentaire volontaire, nécessaire pour compenser les trimestres validés à minima par le régime micro

Une fois ces postes soustraits du net apparent du freelance, la différence réelle de pouvoir d’achat se réduit significativement. Elle ne disparaît pas, mais elle devient un arbitrage entre trésorerie immédiate et protection à moyen terme.

Assurance chômage et réforme 2025 : un avantage du portage qui se comprime

L’un des arguments forts du portage salarial reste l’accès à l’assurance chômage. Le salarié porté cotise au régime général et peut, en fin de mission, bénéficier de l’ARE comme n’importe quel salarié. Le freelance en micro-entreprise n’y a pas droit, sauf via l’ATI (allocation des travailleurs indépendants), limitée à environ 800 euros par mois pendant six mois sous conditions strictes.

La réforme de l’assurance chômage entrée en vigueur en mars 2025 modifie cet avantage. La durée d’indemnisation est désormais modulée en fonction du taux de chômage national. En pratique, cela peut réduire la période couverte pour les salariés portés entre deux missions. Le filet de sécurité existe toujours, mais il est moins généreux qu’avant.

Pour le freelance, rien ne change : l’ATI reste plafonnée et conditionnée à des critères de revenus antérieurs. En revanche, le salarié porté qui comptait sur plusieurs mois d’ARE pour lisser ses périodes d’intercontrat doit recalculer sa marge de manœuvre.

Pluriactivité et portage : le scénario de revenus le plus fréquent en 2026

Les comparaisons binaires (freelance pur contre salarié porté à temps plein) passent à côté d’une réalité statistique. Selon l’Insee, cité par ITG en 2026, environ 20 % des indépendants cumulent activité indépendante et activité salariée. Et pour quatre pluriactifs sur cinq, la majorité des revenus provient du salariat.

Le portage salarial s’insère souvent dans ce schéma hybride : un CDI à temps partiel ou complet d’un côté, des missions facturées via une société de portage de l’autre. Le revenu disponible en fin de mois dépend alors du mix entre les deux sources, pas seulement du taux de restitution du portage.

Ce cas de figure change complètement l’analyse. Le salarié porté en pluriactivité bénéficie déjà d’une couverture sociale via son employeur principal. Les cotisations versées par la société de portage viennent renforcer ses droits retraite et chômage, sans qu’il ait besoin de les financer deux fois. Le « reste en fin de mois » s’optimise parce que la protection sociale est déjà assurée ailleurs.

Un indépendant faisant ses calculs de revenus nets mensuels dans sa cuisine en comparant le statut freelance et le portage salarial

Grille de lecture pour comparer le net réel : freelance contre salarié porté

Plutôt qu’un tableau unique (qui suppose un TJM et un nombre de jours facturés identiques pour tous), voici les variables à poser avant toute comparaison :

  • Le nombre de jours réellement facturés par mois : un freelance qui facture 15 jours et un salarié porté qui en facture 18 n’ont pas le même chiffre d’affaires de départ, quel que soit le TJM
  • Le coût de la protection sociale reconstituée : pour le freelance, additionner mutuelle, prévoyance, épargne retraite volontaire. Pour le salarié porté, ces postes sont déjà dans les cotisations
  • La durée d’intercontrat anticipée : le salarié porté peut mobiliser l’ARE (même réduite depuis 2025), le freelance doit autofinancer ses périodes creuses
  • Le taux marginal d’imposition : en micro-entreprise, l’abattement forfaitaire peut devenir moins avantageux au-delà d’un certain chiffre d’affaires, là où le salarié porté déduit ses frais réels via la fiche de paie

Le statut le plus rentable dépend du profil de risque et du volume d’activité, pas d’un calcul générique. Un freelance régulièrement occupé avec peu de frais de santé gagne plus en micro-entreprise. Un indépendant avec des périodes creuses fréquentes ou des besoins de couverture sociale élevés récupère une partie de l’écart grâce au portage.

Les données disponibles ne permettent pas de fixer un seuil de TJM universel au-delà duquel un statut l’emporte systématiquement. Le seul calcul fiable reste celui qui intègre la situation individuelle, poste par poste, mois par mois.

Comparer les revenus : ce qui reste vraiment en fin de mois entre freelance et salarié porté